Jeudi matin, j’ai RV à 8 heures. Ian et Feli viennent me chercher. Ils m’avaient prévenue “heure chilienne”. A 8h, il y a encore Camila dans la salle de bain, je ne suis pas douchée et je m’inquiète de mon retard. Peu après je suis prête.
A 9 heures ils arrivent, j’en déduis heure chilienne = heure dite +1.
Nous partons. Destination Ushuaia!
La route est longue, il faut rouler jusqu’à Punta Delgada a 150 km pour prendre le bac et arrivé en Terre de Feu il y a encore 450 km jusqu'à Ushuaia. Mais attention ! Ce n’est pas l’autoroute, c’est beaucoup de piste.
A 130km de Punta Arenas premier arrêt à San Gregorio, une estancia abandonnée, je prends l’ex-«cantina » en photo qui a vue sur mer. Au premier plan 2 énormes épaves trouées et complètement rouillées se cachent derrière le coirón (la végétation = de grandes herbes jaunes). Des squelettes de bateaux de presque 200 ans déjà. Feli se ballade a travers les côtes rongées de ces 2 monstrueux bateaux.
A Punta Delgada nous embarquons pour Bahía Azul. Il n’y a absolument rien à Punta Delgada en dehors du bac. Le trajet est super rapide, à peine le temps de prendre des photos des falaises bordant la zone d’embarcation, de payer la traversee, de manger un panchito (ressemble à un hot dog) et nous débarquons en terre de feu ! Il y a une hostería en arrivant pour ceux qui ratent le dernier bateau au retour….Sinon c’est un désert végétatif, la pampa. Il fait beau, la pampa est dorée. Les seuls spectateurs sont les guanacos (sorte de lamas). Ils sont drôles ces guanacos, ils me sont sympathiques, Feli ne peut s’arrêter de les prendre en photos alors qu’elle les a déjà en x- exemplaires ! Ceci dit, même s’il y en a aussi en bord de route, ce n’est pas facile de les prendre en photos. Ils sont peureux. On voit une femelle et son petit séparés par une clôture. Le pauvre petit est mord de trouille en nous voyant, il court, il court mais il n’arrive pas à sauter le fil barbelé. Ils courent vite les guanacos. Ils sont beaux avec un pelage café avec une goutte de lait. Ils se marient super bien avec le paysage dore. Apres il y a les caiquién (entre une oie et un canard). Ils sont toujours en couple. La femelle est brune et noire avec les pates jaunes, elle se confond parfaitement avec l’environnement et le mâle est fier et très élégant, en noir et blanc. Les derniers habitants de ce désert légèrement vallonné sont les ovejas (les moutons). Ils sont tout ronds, des boules de laine comme des pompons qui courent a travers les vastes champs.
Rapidement, la route goudronnée s’arrête, nous roulons sur la piste, le temps est sec et nous sommes ballotés par les nombreux nids de poule. A l’arrière, je fais même des bonds, Je lève les bras pour éviter que ma tête ne cogne au plafond. Ian et Feli s’acharnent à écouter un CD qui saute, lui aussi.
Premier arrêt en terre de feu : Cerro Sombrero, une ville ENAP sortie de nulle part. ENAP est l’entreprise nationale chilienne du pétrole. Cerro Sombrero est une ville pour les employés de l’ENAP travaillant sur cette exploitation fueguine. Un trou où il y a tout : centre sportif, piscine, gymnase, cinéma, une place avec une statue monumentale d’un homme faisant tourner avec force une manivelle de puit de pétrole. Ian se souvient de cette place où il y a une quinzaine d’année il était venu disputer un match de basket. Le pignon de l’église est un immense triangle rouge avec une grande croix blanche. La forme me plait.
Nous poursuivons jusqu'à San Sebastián, frontière chilienne. Il faut arrêter le véhicule, sortir, remettre des papiers préalablement remplis avec toujours les mêmes indications : nom, prénom, numéro de passeport,…ainsi que le passeport. Nous sommes autorisés à quitter le territoire chilien, la route se poursuit jusqu’au San Sebastián argentin a travers un no man’s land de 15km. Le soleil se couche, les couleurs sont magnifiques au dessus de ces champs encore minés où quelques chevaux méditent. Il y a de grandes étendues d’eau gelée, des ouvriers travaillent sur la glace, on se demande ce qu’ils font. Il y en a juste un qui se casse la figure au moment ou nous passons. Mauvais que nous sommes, nous rions.
A la frontière Argentine on ne rigole pas. Ian se gare trop près de la barrière. Il faut reculer jusque derrière le camion. Ian s’exécute. Une fois derrière le camion, il faut avancer…Enfin nous sommes arrêtés au bon endroit, de nouveau remise de papiers, de passeports, etc.
Soulagement, fini l’état de puce, fini les secousses, la route est de nouveau goudronnée.
Nous longeons maintenant l’Océan Atlantique jusqu’à Rio Grande. Bizarrement il ressemble pas mal à l’Océan Atlantique des Landes. Rio Grande est grande, étalée et laide. A travers les grandes avenues de la ville il y a un thème de décoration mais ils auraient mieux fait de s’abstenir, ca ne fait qu’ajouter a l’absurdité de cette ville. Ian est surpris de l’importance de la ville comparée aux autres villes chiliennes de la terre de feu ou bien Puerto Williams, la véritable ville la plus australe. On se rend compte ici de l’importance des iles malouines pour les Argentins. Il y a des noms de rues, des ronds-points, des places, des affiches, des bâtiments au nom des Malouines. Les Malouines sont Argentines et Ushuaia en est la capitale. C’est comme ca en Terre de Feu.
Tolhuin est le seul simili village entre Rio Grande et Ushuaia. Tout s’y passe dans la boulangerie d’ailleurs nous y refaisons le monde pendant 2 heures comparant les problèmes et solutions politiques et économiques du Chili, de la France, des pays colonisés et colonisateurs.
Enfin nous arrivons à L’Hostal Kaiken au bord du Lago Fagnano, il est 20h. Je commande un pisco bien mérité pour accompagner quelques parties de billard. Une catastrophe, rien de nouveau, je n’ai toujours pas compris comment tirer ces boules! Feli n’a pas la forme. On se pose pour regarder la télé. Elle part prendre un bain. Ian vient me voir affolé : « Occupe toi de Feli, elle a du sang dans les urines ». Je me lève en sursaut. Elle est allongée sur le lit, aussi blanche que le drap, à 2 doigts de tomber dans les pommes. Elle aussi est affolée mais rien de grave: je diagnostique une infection urinaire et grâce a la trousse a pharmacie de choc que m’a préparée la mère de Charlotte, je lui sors l’antibiotique spécial anti infection urinaire.
Petit déjeuner, vue sur le lac bordé de montagnes. Il y a la même chose en Suisse mais en Terre de Feu, c’est forcément mieux! Je prends des photos depuis le balcon de la chambre, en premier plan un arbre dénudé -bah oui, c’est l’hiver ici !- dans le fond, les cimes enneigées, c’est magnifique.
Il nous reste environ 1 heure de route jusqu'à Ushuaia. Les conditions climatiques changent. D’un temps sec et ensoleillé nous passons à la neige. La route est glissante, nous passons le col Garibaldi. Les camions mettent les chaines. Nous, nous avons les pneus lisses et bien entendu pas de chaines à disposition….Dans un virage un camion vient juste de se renverser. Photo. Heureusement qu’on fait la route de jour ! C’est déjà ca !
Arrivée a Ushuaia !! Conditions extrêmes, neige et froid. Nous ne voyons rien des montagnes entourant la ville. Nous nous concentrons sur la recherche d’une Auberge. Les Argentins sont très sympathiques, ils remplacent les « ll » par des « ch » mais articulent mieux et parlent plus lentement que les chiliens en étirant certaines syllabes, à l’italienne. Je me rends compte que l’architecture de l’Eglise de Cerro Sombrero n’est pas unique, beaucoup de maisons ont cette architecture avec des pignons en formes de triangles isocèles allongés. J’aime beaucoup. Photos. Dans l’ensemble, les maisons sont beaucoup plus jolies et soignées qu’à Punta Arenas. Il y a plus de constructions en dur, les maisons paraissent plus spacieuses et il y a même des jardins. La ville est en pente. Depuis le haut, on a vu sur le canal de Beagle et les énormes cargos dans le port. Le ciel se dégage un peu sur l’Isla Navarino, l’ile chilienne en face d’Ushuaia. A l’office de tourisme je demande quelles sont les montagnes que nous voyons, il me répond d’un air excédé: « Ca ? C’est le Chili ». Sans commentaire. Le soir nous dégustons une « Parrilla », obligatoire! C’est une spécialité. Dans les restaurants, il y a un vrai feu central et autour du foyer des agneaux quasi entiers grillent. La viande est réellement délicieuse. (C’était la minute menu pour Virg ;-)).
Samedi, le temps s’est dégagé. Nous montons au glacier. Sur la neige et la glace, le pick-up tient le coup. Il y a du vent, il fait très froid mais je brave tout ca et prends des photos du télésiège. Devant vue sur le glacier Martial, derrière Ian sur fond d’Ushuaia, avec le canal de Beagle peuplé d’iles et les montagnes inconnues de l’ile chilienne Navarino. Après un chocolat chaud qui nous réchauffe en grande partie, on repart pour l’ascension du glacier. Je pense qu’on est sur le glacier, un panneau indique de ne pas passer au delà sans guide. Nous passons. Ian ne croit pas que nous sommes sur le glacier. Je ne suis pas à l’aise, pour moi les glaciers sont dangereux. Nous montons encore, il y a du vent, le froid s’infiltre. Trop dur de retirer les gants pour prendre des photos mais la vue sur le canal de Beagle et sur l’ile Navarino est magnifique. Je pense à mon petit papa qui aimerait être là et alors je me congèle les doigts pour prendre un max de photos. Et puis je démissionne, d’après moi c’est trop dangereux de continuer sans un minimum d’équipement. A propos ! Ici ils ne disent pas « alpinisme » mais « andinisme », c’est bête mais je n’avais pas réalisé.
Au Tante Sara, un café restaurant ou nous avons passé quelques repas -je ne m’éternise pas sur les menu- les serviettes disent « Enjoy, it’s the end of the world ».
Pour l’après-midi, nous avons prévu de faire le tour en bateau dans le canal de Beagle. Je confonds un brésilien charmant avec le guide. Je fais donc connaissance avec Ivan « deu Brazil ». Je prends une photo, il n’est pas laid ;-p Ian et Feli m’embêteront toute la soirée avec lui.
Premier arrêt, l’Isla Alicia. On y voit des loups de mer et des cormorans. Des cormorans dansent. Il parait qu’ils ont un pic au-dessus de la tête tant qu’ils sont célibataires. Ca vaut les bracelets « célibataires » de boite de nuits! Second arrêt, l’Isla bridges. On était déjà pas mal refroidi avec notre ascension glaciaire et là avec le bateau, avec l’humidité, on est servi ! Et sur cette île c’est le pompon ! Il y a une cabane de Robinson, l’aimable Ivan prend une photo de moi (avec mon appareil) devant la cabane. La guide nous explique l’origine de larges trous sur cette ile. Ces trous sont dus à des montagnes de coquillages -de moules. Les indigènes mangeaient des quantités de moules et jetaient les coquilles toujours au même endroit. Il faut donc s’imaginer des habitations minuscules (ils rampaient pour y rentrer) et à côté des montagnes énormes de coquillages qui n’ont laissé qu’un énorme trou. Les indigènes vivaient nus et se protégeaient du froid en se répartissant une couche de graisse de loup de mer sur le corps. Les couleurs de l’ile sont magnifiques. La mousse jaune sur les pierres, les boules vertes d’un autre type de mousse qui sont la première végétation à apparaitre après le passage d’un glacier, les pierres grises foncées et la mer, à l’horizon les montagnes enneigées. Il parait qu’à une époque il y avait aussi des moutons sur cette ile et la viande était excellente.
La route est longue jusqu'à la dernière étape du voyage. Feli dort et Ian se concentre et regarde fixement l’horizon, proche d’une ouverture. Ils ont tous les 2 le mal de mer. Pas moi! Je crois que j’ai compris le truc. Ma théorie c’est qu’il y a un moment où on commence a être fatigué et à avoir un peu la tête qui tourne, à perdre un peu les repères et a ce moment on a envie de se laisser aller et c’est le début de la fin, rapidement on a le mal de mer. Il ne faut pas céder à ce premier état de comme une légère somnolence. En discutant, en se concentrant, en étant actif, on y échappe et on n’a pas le mal de mer. Il faut que je réessaie pour confirmer cette théorie. J’ai fait des belles photos en noir et blanc (fallait mieux vu leurs couleurs) de Ian et Feli. J’ai aussi fait une jolie photo de Kati, une coréenne dont j’ai également fait la connaissance. Elle va me donner des adresses pour quand je serai a Seoul. Malheureusement son copain et elle seront en Europe quand je voyagerai à Seoul. On arrive au Faro « Les éclaireurs ». Oui! C’est écrit en français parce que c’est l’expédition de Louis Ferdinand qui donna le nom au phare. Ces explorateurs venaient étudier Venus (l’étoile). Ici encore belle photo avec le phare et le drapeau argentin du bateau. Au loin on voit la fin du canal de beagle, sur la gauche s’y noient les monts de la Terre de Feu et sur la droite les monts de l’ile Navarino. Retour au coucher du soleil sur Ushuaia illuminée.
On part de bonne heure le lendemain, il fait encore nuit. Les conditions sont difficiles, il neige, la route est glissante, il y a peu de visibilité, nous n’avons toujours pas de chaines et les pneus sont toujours lisses ! On arrive presque à se perdre à Tolhuin ! Tout est blanc. Je prends quelques photos de maisons et on repart.
C’est long jusqu'à Rio Grande. Je regarde mes photos, la carte est pleine, je regarde celles que je peux effacer pour en prendre des nouvelles et décide de réduire le format des photos pour pouvoir en prendre plus. Sur Format, je coche « low level format », un click sur OK. Retour sur mode vision d’images : « No Images ». Retour sur format, je décoche, je retourne voir les photos, de nouveau : « No Images ». Impossible! Je viens d’effacer toutes mes photos ! J’ai la rage. Toutes les photos d’Ushuaia sont perdues, depuis celles des épaves de San Gregorio jusqu'à Tolhuin sur la route du retour, tout est parti! Je suis dégoutée. C’est que malgré la teinture, je reste blonde !! Quelle idiote.
Donc voila, vous savez pourquoi j’ai tout raconté dans les moindres détails. Je ne peux vous montrer aucune photos d’Ushuaia, enfin si, je vous montrerai celles de Feli mais vous ne me croirez jamais que j’y étais, moi ! C’est nul.
Je termine le voyage. Rio Grande, on cherche désespérément une crème pour les cheveux de Susi (chez qui j’habite a Punta Arenas) sans succès. A San Sebastián, se trouve la dernière station essence avant la frontière et l’essence est beaucoup moins chère en Argentine. Nous nous y arrêtons. Il y a déjà quelqu’un qui attend, il n’y a pas d’essence parait-il. Par chance nous roulons au gasoil et il y a du gasoil! Nous faisons le plein. Ian décide d’aller chercher de l’essence à Rio Grande pour cet homme et sa famille bloqués à la station essence. Retour a Rio Grande, nous allongeons le voyage de 2h. Belle leçon de solidarité.
Retour au Chili, bienvenus sur la piste! Cette fois le temps est humide, il a neigé et plu. Beaucoup de camions passent et laissent des traces profondes dans la boue. Les conditions sont difficiles, extrêmes ! Arrive le moment où la boue est trop profonde dans la trace de camion, Ian perd le contrôle de la camionnette, nous nous trouvons expulsés dans le champ à côté de la route avec 2 roues sur 4 qui tournent. La roue avant est jusqu'à la moitié enfoncée dans la boue. Impossible de sortir, ni en marche avant, ni en marche arrière.
A 9 heures ils arrivent, j’en déduis heure chilienne = heure dite +1.
Nous partons. Destination Ushuaia!
La route est longue, il faut rouler jusqu’à Punta Delgada a 150 km pour prendre le bac et arrivé en Terre de Feu il y a encore 450 km jusqu'à Ushuaia. Mais attention ! Ce n’est pas l’autoroute, c’est beaucoup de piste.
A 130km de Punta Arenas premier arrêt à San Gregorio, une estancia abandonnée, je prends l’ex-«cantina » en photo qui a vue sur mer. Au premier plan 2 énormes épaves trouées et complètement rouillées se cachent derrière le coirón (la végétation = de grandes herbes jaunes). Des squelettes de bateaux de presque 200 ans déjà. Feli se ballade a travers les côtes rongées de ces 2 monstrueux bateaux.
A Punta Delgada nous embarquons pour Bahía Azul. Il n’y a absolument rien à Punta Delgada en dehors du bac. Le trajet est super rapide, à peine le temps de prendre des photos des falaises bordant la zone d’embarcation, de payer la traversee, de manger un panchito (ressemble à un hot dog) et nous débarquons en terre de feu ! Il y a une hostería en arrivant pour ceux qui ratent le dernier bateau au retour….Sinon c’est un désert végétatif, la pampa. Il fait beau, la pampa est dorée. Les seuls spectateurs sont les guanacos (sorte de lamas). Ils sont drôles ces guanacos, ils me sont sympathiques, Feli ne peut s’arrêter de les prendre en photos alors qu’elle les a déjà en x- exemplaires ! Ceci dit, même s’il y en a aussi en bord de route, ce n’est pas facile de les prendre en photos. Ils sont peureux. On voit une femelle et son petit séparés par une clôture. Le pauvre petit est mord de trouille en nous voyant, il court, il court mais il n’arrive pas à sauter le fil barbelé. Ils courent vite les guanacos. Ils sont beaux avec un pelage café avec une goutte de lait. Ils se marient super bien avec le paysage dore. Apres il y a les caiquién (entre une oie et un canard). Ils sont toujours en couple. La femelle est brune et noire avec les pates jaunes, elle se confond parfaitement avec l’environnement et le mâle est fier et très élégant, en noir et blanc. Les derniers habitants de ce désert légèrement vallonné sont les ovejas (les moutons). Ils sont tout ronds, des boules de laine comme des pompons qui courent a travers les vastes champs.
Rapidement, la route goudronnée s’arrête, nous roulons sur la piste, le temps est sec et nous sommes ballotés par les nombreux nids de poule. A l’arrière, je fais même des bonds, Je lève les bras pour éviter que ma tête ne cogne au plafond. Ian et Feli s’acharnent à écouter un CD qui saute, lui aussi.
Premier arrêt en terre de feu : Cerro Sombrero, une ville ENAP sortie de nulle part. ENAP est l’entreprise nationale chilienne du pétrole. Cerro Sombrero est une ville pour les employés de l’ENAP travaillant sur cette exploitation fueguine. Un trou où il y a tout : centre sportif, piscine, gymnase, cinéma, une place avec une statue monumentale d’un homme faisant tourner avec force une manivelle de puit de pétrole. Ian se souvient de cette place où il y a une quinzaine d’année il était venu disputer un match de basket. Le pignon de l’église est un immense triangle rouge avec une grande croix blanche. La forme me plait.
Nous poursuivons jusqu'à San Sebastián, frontière chilienne. Il faut arrêter le véhicule, sortir, remettre des papiers préalablement remplis avec toujours les mêmes indications : nom, prénom, numéro de passeport,…ainsi que le passeport. Nous sommes autorisés à quitter le territoire chilien, la route se poursuit jusqu’au San Sebastián argentin a travers un no man’s land de 15km. Le soleil se couche, les couleurs sont magnifiques au dessus de ces champs encore minés où quelques chevaux méditent. Il y a de grandes étendues d’eau gelée, des ouvriers travaillent sur la glace, on se demande ce qu’ils font. Il y en a juste un qui se casse la figure au moment ou nous passons. Mauvais que nous sommes, nous rions.
A la frontière Argentine on ne rigole pas. Ian se gare trop près de la barrière. Il faut reculer jusque derrière le camion. Ian s’exécute. Une fois derrière le camion, il faut avancer…Enfin nous sommes arrêtés au bon endroit, de nouveau remise de papiers, de passeports, etc.
Soulagement, fini l’état de puce, fini les secousses, la route est de nouveau goudronnée.
Nous longeons maintenant l’Océan Atlantique jusqu’à Rio Grande. Bizarrement il ressemble pas mal à l’Océan Atlantique des Landes. Rio Grande est grande, étalée et laide. A travers les grandes avenues de la ville il y a un thème de décoration mais ils auraient mieux fait de s’abstenir, ca ne fait qu’ajouter a l’absurdité de cette ville. Ian est surpris de l’importance de la ville comparée aux autres villes chiliennes de la terre de feu ou bien Puerto Williams, la véritable ville la plus australe. On se rend compte ici de l’importance des iles malouines pour les Argentins. Il y a des noms de rues, des ronds-points, des places, des affiches, des bâtiments au nom des Malouines. Les Malouines sont Argentines et Ushuaia en est la capitale. C’est comme ca en Terre de Feu.
Tolhuin est le seul simili village entre Rio Grande et Ushuaia. Tout s’y passe dans la boulangerie d’ailleurs nous y refaisons le monde pendant 2 heures comparant les problèmes et solutions politiques et économiques du Chili, de la France, des pays colonisés et colonisateurs.
Enfin nous arrivons à L’Hostal Kaiken au bord du Lago Fagnano, il est 20h. Je commande un pisco bien mérité pour accompagner quelques parties de billard. Une catastrophe, rien de nouveau, je n’ai toujours pas compris comment tirer ces boules! Feli n’a pas la forme. On se pose pour regarder la télé. Elle part prendre un bain. Ian vient me voir affolé : « Occupe toi de Feli, elle a du sang dans les urines ». Je me lève en sursaut. Elle est allongée sur le lit, aussi blanche que le drap, à 2 doigts de tomber dans les pommes. Elle aussi est affolée mais rien de grave: je diagnostique une infection urinaire et grâce a la trousse a pharmacie de choc que m’a préparée la mère de Charlotte, je lui sors l’antibiotique spécial anti infection urinaire.
Petit déjeuner, vue sur le lac bordé de montagnes. Il y a la même chose en Suisse mais en Terre de Feu, c’est forcément mieux! Je prends des photos depuis le balcon de la chambre, en premier plan un arbre dénudé -bah oui, c’est l’hiver ici !- dans le fond, les cimes enneigées, c’est magnifique.
Il nous reste environ 1 heure de route jusqu'à Ushuaia. Les conditions climatiques changent. D’un temps sec et ensoleillé nous passons à la neige. La route est glissante, nous passons le col Garibaldi. Les camions mettent les chaines. Nous, nous avons les pneus lisses et bien entendu pas de chaines à disposition….Dans un virage un camion vient juste de se renverser. Photo. Heureusement qu’on fait la route de jour ! C’est déjà ca !
Arrivée a Ushuaia !! Conditions extrêmes, neige et froid. Nous ne voyons rien des montagnes entourant la ville. Nous nous concentrons sur la recherche d’une Auberge. Les Argentins sont très sympathiques, ils remplacent les « ll » par des « ch » mais articulent mieux et parlent plus lentement que les chiliens en étirant certaines syllabes, à l’italienne. Je me rends compte que l’architecture de l’Eglise de Cerro Sombrero n’est pas unique, beaucoup de maisons ont cette architecture avec des pignons en formes de triangles isocèles allongés. J’aime beaucoup. Photos. Dans l’ensemble, les maisons sont beaucoup plus jolies et soignées qu’à Punta Arenas. Il y a plus de constructions en dur, les maisons paraissent plus spacieuses et il y a même des jardins. La ville est en pente. Depuis le haut, on a vu sur le canal de Beagle et les énormes cargos dans le port. Le ciel se dégage un peu sur l’Isla Navarino, l’ile chilienne en face d’Ushuaia. A l’office de tourisme je demande quelles sont les montagnes que nous voyons, il me répond d’un air excédé: « Ca ? C’est le Chili ». Sans commentaire. Le soir nous dégustons une « Parrilla », obligatoire! C’est une spécialité. Dans les restaurants, il y a un vrai feu central et autour du foyer des agneaux quasi entiers grillent. La viande est réellement délicieuse. (C’était la minute menu pour Virg ;-)).
Samedi, le temps s’est dégagé. Nous montons au glacier. Sur la neige et la glace, le pick-up tient le coup. Il y a du vent, il fait très froid mais je brave tout ca et prends des photos du télésiège. Devant vue sur le glacier Martial, derrière Ian sur fond d’Ushuaia, avec le canal de Beagle peuplé d’iles et les montagnes inconnues de l’ile chilienne Navarino. Après un chocolat chaud qui nous réchauffe en grande partie, on repart pour l’ascension du glacier. Je pense qu’on est sur le glacier, un panneau indique de ne pas passer au delà sans guide. Nous passons. Ian ne croit pas que nous sommes sur le glacier. Je ne suis pas à l’aise, pour moi les glaciers sont dangereux. Nous montons encore, il y a du vent, le froid s’infiltre. Trop dur de retirer les gants pour prendre des photos mais la vue sur le canal de Beagle et sur l’ile Navarino est magnifique. Je pense à mon petit papa qui aimerait être là et alors je me congèle les doigts pour prendre un max de photos. Et puis je démissionne, d’après moi c’est trop dangereux de continuer sans un minimum d’équipement. A propos ! Ici ils ne disent pas « alpinisme » mais « andinisme », c’est bête mais je n’avais pas réalisé.
Au Tante Sara, un café restaurant ou nous avons passé quelques repas -je ne m’éternise pas sur les menu- les serviettes disent « Enjoy, it’s the end of the world ».
Pour l’après-midi, nous avons prévu de faire le tour en bateau dans le canal de Beagle. Je confonds un brésilien charmant avec le guide. Je fais donc connaissance avec Ivan « deu Brazil ». Je prends une photo, il n’est pas laid ;-p Ian et Feli m’embêteront toute la soirée avec lui.
Premier arrêt, l’Isla Alicia. On y voit des loups de mer et des cormorans. Des cormorans dansent. Il parait qu’ils ont un pic au-dessus de la tête tant qu’ils sont célibataires. Ca vaut les bracelets « célibataires » de boite de nuits! Second arrêt, l’Isla bridges. On était déjà pas mal refroidi avec notre ascension glaciaire et là avec le bateau, avec l’humidité, on est servi ! Et sur cette île c’est le pompon ! Il y a une cabane de Robinson, l’aimable Ivan prend une photo de moi (avec mon appareil) devant la cabane. La guide nous explique l’origine de larges trous sur cette ile. Ces trous sont dus à des montagnes de coquillages -de moules. Les indigènes mangeaient des quantités de moules et jetaient les coquilles toujours au même endroit. Il faut donc s’imaginer des habitations minuscules (ils rampaient pour y rentrer) et à côté des montagnes énormes de coquillages qui n’ont laissé qu’un énorme trou. Les indigènes vivaient nus et se protégeaient du froid en se répartissant une couche de graisse de loup de mer sur le corps. Les couleurs de l’ile sont magnifiques. La mousse jaune sur les pierres, les boules vertes d’un autre type de mousse qui sont la première végétation à apparaitre après le passage d’un glacier, les pierres grises foncées et la mer, à l’horizon les montagnes enneigées. Il parait qu’à une époque il y avait aussi des moutons sur cette ile et la viande était excellente.
La route est longue jusqu'à la dernière étape du voyage. Feli dort et Ian se concentre et regarde fixement l’horizon, proche d’une ouverture. Ils ont tous les 2 le mal de mer. Pas moi! Je crois que j’ai compris le truc. Ma théorie c’est qu’il y a un moment où on commence a être fatigué et à avoir un peu la tête qui tourne, à perdre un peu les repères et a ce moment on a envie de se laisser aller et c’est le début de la fin, rapidement on a le mal de mer. Il ne faut pas céder à ce premier état de comme une légère somnolence. En discutant, en se concentrant, en étant actif, on y échappe et on n’a pas le mal de mer. Il faut que je réessaie pour confirmer cette théorie. J’ai fait des belles photos en noir et blanc (fallait mieux vu leurs couleurs) de Ian et Feli. J’ai aussi fait une jolie photo de Kati, une coréenne dont j’ai également fait la connaissance. Elle va me donner des adresses pour quand je serai a Seoul. Malheureusement son copain et elle seront en Europe quand je voyagerai à Seoul. On arrive au Faro « Les éclaireurs ». Oui! C’est écrit en français parce que c’est l’expédition de Louis Ferdinand qui donna le nom au phare. Ces explorateurs venaient étudier Venus (l’étoile). Ici encore belle photo avec le phare et le drapeau argentin du bateau. Au loin on voit la fin du canal de beagle, sur la gauche s’y noient les monts de la Terre de Feu et sur la droite les monts de l’ile Navarino. Retour au coucher du soleil sur Ushuaia illuminée.
On part de bonne heure le lendemain, il fait encore nuit. Les conditions sont difficiles, il neige, la route est glissante, il y a peu de visibilité, nous n’avons toujours pas de chaines et les pneus sont toujours lisses ! On arrive presque à se perdre à Tolhuin ! Tout est blanc. Je prends quelques photos de maisons et on repart.
C’est long jusqu'à Rio Grande. Je regarde mes photos, la carte est pleine, je regarde celles que je peux effacer pour en prendre des nouvelles et décide de réduire le format des photos pour pouvoir en prendre plus. Sur Format, je coche « low level format », un click sur OK. Retour sur mode vision d’images : « No Images ». Retour sur format, je décoche, je retourne voir les photos, de nouveau : « No Images ». Impossible! Je viens d’effacer toutes mes photos ! J’ai la rage. Toutes les photos d’Ushuaia sont perdues, depuis celles des épaves de San Gregorio jusqu'à Tolhuin sur la route du retour, tout est parti! Je suis dégoutée. C’est que malgré la teinture, je reste blonde !! Quelle idiote.
Donc voila, vous savez pourquoi j’ai tout raconté dans les moindres détails. Je ne peux vous montrer aucune photos d’Ushuaia, enfin si, je vous montrerai celles de Feli mais vous ne me croirez jamais que j’y étais, moi ! C’est nul.
Je termine le voyage. Rio Grande, on cherche désespérément une crème pour les cheveux de Susi (chez qui j’habite a Punta Arenas) sans succès. A San Sebastián, se trouve la dernière station essence avant la frontière et l’essence est beaucoup moins chère en Argentine. Nous nous y arrêtons. Il y a déjà quelqu’un qui attend, il n’y a pas d’essence parait-il. Par chance nous roulons au gasoil et il y a du gasoil! Nous faisons le plein. Ian décide d’aller chercher de l’essence à Rio Grande pour cet homme et sa famille bloqués à la station essence. Retour a Rio Grande, nous allongeons le voyage de 2h. Belle leçon de solidarité.
Retour au Chili, bienvenus sur la piste! Cette fois le temps est humide, il a neigé et plu. Beaucoup de camions passent et laissent des traces profondes dans la boue. Les conditions sont difficiles, extrêmes ! Arrive le moment où la boue est trop profonde dans la trace de camion, Ian perd le contrôle de la camionnette, nous nous trouvons expulsés dans le champ à côté de la route avec 2 roues sur 4 qui tournent. La roue avant est jusqu'à la moitié enfoncée dans la boue. Impossible de sortir, ni en marche avant, ni en marche arrière.
C’est la fin, on arrive au bac. Il y a encore des passages de bac et nous arrivons sans encombre à Punta Arenas. Un WE inoubliable en terre de feu et pas une photo ! L’aventure, le froid, les conditions extrêmes, on en attendait pas moins !
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